Quelques trucs pour une bonne posture

PROPOS SUR LE MÉTIER

 

Une proposition de François Aubry, D.O.P.

article paru dans le QFQ ( septembre 2012)

Propos recueillis par Philippe Lavalette, CSC

 

Tendinites à répétitions, bursites foudroyantes, maux de dos qui laminent le moral… Les mauvaises postures, qui déclenchent en cascade des troubles musculo-squelettiques, nous affectent tous à des degrés divers. Si l’on se méfie des positions inconfortables, on ignore trop souvent le geste insouciant ou le déséquilibre provisoire du corps  qui pourra avoir des conséquences néfastes.

Le nombre des «accidents» de posture tend à augmenter. Est-ce dû à la durée des prises, de plus en plus longues depuis que le temps d’enregistrement n’a plus de limites ? Les perchistes et les caméramans sont en première ligne mais les machinistes, les électriciens et, de façon générale, la plupart des techniciens de plateau sont affectés. Untel, assis à longueur de journée devant le moniteur, développera une sciatique très douloureuse pour avoir négligé la légère position courbée qu’il a dû adopter devant un écran placé trop bas. Tel autre, qui se plaint de douleurs lombaires récurrentes,  et qui conduit depuis quinze ans avec son portefeuille dans la poche arrière, recevra un diagnostic de scoliose. Ce sont parfois ces petits accrocs physiques cumulés qui déclenchent une réaction physique d’autant plus lourde qu’elle est tardive. Par ailleurs, notre attitude est généralement curative et non préventive. On va corriger le dysfonctionnement. On ne le préviendra pas, pensant à tort que nous ne sommes pas concernés.

Nous avons rencontrés François Aubry, directeur photo établi à Toronto, qui a réfléchi à ce que pourrait  être une attitude préventive efficace face aux postures souvent nocives à long terme.

Outre un livre, vous préparez un atelier destiné aux cadreurs et directeurs photo particulièrement exposés aux accidents de posture. En quoi consiste votre proposition ?

Je me suis associé avec un kinésithérapeute, Lester Ponce, membre du N.A.S.M. (National Academy of Sports Medicine)  pour  comprendre et maîtriser la réponse musculaire au niveau énergétique (cerveau, muscles, cellules).

Je lui ai d’abord  apporté un modèle de caméra HD particulièrement lourd. Confronté à la réalité du métier – beaucoup de films se tournent à l’épaule –  Lester m’a alors proposé  quelques pistes et nous avons travaillé ensemble pour établir une séquence de mouvements et d’exercices. L’objectif étant de préparer le cadreur à manipuler un équipement lourd en ayant un minimum d’usure des tissus musculaires et des jointures. Notre approche a consisté à utiliser la kinésiologie appliquée à des fins de prévention, de traitement et de performance. Qu’est-ce que la kinésiologie appliquée ? C’est une technique médicale qui permet d’établir une sorte de dialogue avec le corps. En réagissant aux tests, le corps répond, particulièrement là où il peut y avoir des blocages.  Ces réponses déterminent un traitement qui prend la forme de manipulations musculaires, des  «accu-pressions» exercées à l’aide d’un poinçon corporel. Ce  système permet aussi de détecter des allergies, des infections et des carences alimentaires qui peuvent affaiblir les muscles.

Le but du traitement est d’assurer l’intégrité des fibres nerveuses, de stimuler les glandes du système lymphatique, d’améliorer la circulation sanguine dans les muscles et organes, et d’assurer une circulation optimale du liquide rachidien dans les structures crânienne et sacro-iliaque.  Lester Ponce est très attentif aux réponses qui proviennent des lobes cervicaux gauche et droit. Ils sont très distincts, et Lester utilise entre autre la lumière et la direction du regard pour trouver les réponses provenant “du cerveau gauche” et celles provenant “du cerveau droit”. Ça permet d’identifier les organes qui sont en situation d’intoxication ou qui ne répondent pas à 100% aux stimulations musculaires commandées par le cerveau. Il va ensuite établir une méthode pour activer ces muscles déficitaires, replacer les os et relaxer les jointures. Par exemple, Lester utilise parfois du ruban adhésif pour tenir en place les os et les jointures, le temps nécessaire aux tissus pour qu’ils se renforcent. Personnellement, suite à un accident,  j’ai dû enrober ma jambe gauche avec du ruban pendant une semaine. Comme les tissus se décontractent la nuit pendant le sommeil, il était impératif que j’enrobe ma jambe chaque matin avant de mettre pied à terre. Le corps est comme une plante. Lorsque l’on détermine une direction pour que les branches poussent à l’aide d’un tuteur ou d’un ruban, la plante va suivre cette direction et va grandir en gardant la direction indiquée. C’est la même chose pour le corps humain. La posture est primordiale dans toute situation, que l’on soit en voiture, au travail, ou devant l’ordinateur. Par exemple, combien d’hommes gardent leur portefeuille dans la poche arrière droite ou gauche de leur jeans en conduisant ! Grave erreur. Ça va provoquer deux ou trois centimètres de poussée vers le haut du bassin et déformer – à long terme – la colonne vertébrale. Il ne peut pas y avoir d’exception et  si Lester me surprend avec un portefeuille dans la poche arrière, j’ai droit à un sermon!

Cette thérapie permet ainsi de réduire la charge et le stress musculaire et nerveux. Elle permet  aussi  de vivre son métier de façon plus équilibrée.

Au final, durant l’atelier, Lester va nous présenter une dizaine d’exercices qu’il faudra pratiquer avant, pendant et après les tournages. Nous aurons de vraies caméras – bien pesantes – pour effectuer les différentes manipulations et nous pourrons aussi effectuer quelques diagnostics sur les participants qui le souhaiteront.

L’autre volet de l’atelier est lié au yoga et je me suis associé avec Jennifer Aubry, maître yogini en Hatha Yoga.

Jennifer va nous montrer quelques postures et exercices qui permettent de revitaliser les muscles et d’hydrater les organes vitaux. Il s’agit d’exercices simples qui ne demandent pas une souplesse excessive et qui sont  excellents pour alimenter le foie et la rate avec du sang neuf,  ces organes jouant un rôle fondamental dans la force physique et l’endurance. Rien qui ressemble a des acrobaties de cirque !

 

À quel moment de votre parcours professionnel vous êtes-vous questionné sur la préparation physique et sur la posture ?

J’ai une formation de théâtre et j’ai beaucoup pratiqué la danse contemporaine avec Dina Davida. J’ai donc toujours eu le réflexe de me préparer physiquement avant chaque performance.

J’ai consulté des ostéopathes, des masseurs et des professionnels de la santé bien avant d’avoir à souffrir de maux éventuels. J’ai, en quelque sorte, toujours eu des «guérisseurs» autour de moi.

Et pourtant, il y a quelques années, j’ai eu un accident très sérieux lors d’un tournage documentaire sur les enfants-soldats en Afrique (Liberia). J’ai fait une chute qui a déchiré assez gravement le ligament du genou gauche. Après une consultation médicale poussée, le diagnostic était radical: le ligament n’était plus qu’un fil très mince. Il me fallait devoir porter une prothèse et probablement oublier mon métier ! C’était totalement inacceptable.

Lester Ponce m’a aidé à travailler avec de nouveaux muscles autour de mon genou pour renforcer le soutien de manière naturelle  ce qui m’a permis de recommencer des activités comme le vélo.

Après deux ou trois visites, j’étais remis sur pied. Aujourd’hui, j’oublie parfois quelle était la jambe blessée ! C’est à partir de ce constat que j’ai pensé à une pratique régulière de la musculation appliquée à notre métier.

Nous avons déterminé quels seraient les bons exercices pour continuer à évoluer avec aisance dans ce métier.

Avec la méthode que je vais exposer au sein de l’atelier, je constate que  plus j’avance en âge, plus je développe de la résistance !

Quelques trucs

1. Imaginons une caméra lourde (type Alexa) sur l’épaule droite. Si le tournage s’arrête momentanément (pour des retouches de maquillage par exemple),  NE PAS METTRE la camera à terre mais, au contraire, la porter sur l’épaule gauche afin d’habituer le corps à compenser le déséquilibre.

2. Prendre une petite planche légère, de type contreplaqué. Lui donner une inclinaison avec un sac de sable par exemple. Se mettre à genoux sur la planche et se pencher légèrement en avant pour renforcer les reins et le bas du dos. Le dos doit rester bien droit.

3. Se mettre debout sur un bottin téléphonique ou un bloc de bois (4 à 6 pouces de haut) la jambe droite suspendue dans le vide. Faire une flexion des hanches pour lever et descendre la jambe (verticalement) et créer un étirement au niveau des reins. Rester quelques secondes dans les positions extrêmes haut et bas et respirer profondément dans ces positions. Ce mouvement aide à réajuster la colonne.

 


 

 

 

 

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