l’humanité de moins en moins violente!

 

Quelques  propos iconoclastes autour du film:

«À la poursuite de la paix» 

la paix 2

 

L’humanité moins violente ?

Évidemment, ce n’est pas tout à fait l’impression que l’on a en regardant les nouvelles où l’on subit toujours les mêmes images affolantes montées en boucle. Et pourtant, les chiffres et les faits sont là. Les conflits entre Nations ou entre ethnies ont diminué, au- delà de l’horreur que l’on peut éprouver quand elles continuent de se manifester (ex-Yougoslavie ou Rwanda).  Lire à ce sujet l’essai pertinent de Steven Pinker («the better angels of our nature»)

Un exemple : en ce milieu de décennie, il ne fait pas bon être dictateur. Ils ont «dégagés» – comme on dit en Tunisie – pour finir leurs jours ailleurs, quand ils ne sont pas poursuivis par un tribunal international.  Souvenons-nous des années 70 quand la majorité des états sud-américains étaient sous le joug des assassins en uniforme ! Ils tenaient la «dragée haute». Aujourd’hui, ceux qui restent ont un profil bas.

Certains pourront dire qu’on a simplement changé les habits et que l’oppression et la violence ont pris d’autres formes, mais c’est faux. Dans l’Histoire humaine, il y  a encore moins de deux siècles, une exécution  publique déclenchait une sorte de liesse collective. À Paris par exemple, ça se passait place de la Concorde pendant la Révolution Française. Aujourd’hui, les exécutions ou les lynchages sont rares. Il suffit de voir l’indignation mondiale que provoquent les condamnations à mort aux Etats-Unis ou en Chine alors qu’elles étaient autrefois valorisées. Ça change !

Même chose pour la conquête de nouveaux territoires. Ce qui était autrefois un acte légitime : «le plus fort occupe l’espace conquis et soumet les populations locales à son bon vouloir» est aujourd’hui rejeté par l’ensemble des Nations (Tibet, Palestine).

C’est cette idée maîtresse et provocante – l’humanité est de moins en moins violente – que va illustrer le long-métrage documentaire de Garry Beitel «À la poursuite de la paix», produit pour Radio-Canada et appuyé par la thèse de S.  Pinker.

Ce film part du constat  affligeant que le Canada a été un pionnier pour l’envoi de casques bleus mais qu’il est rendu aujourd’hui au 77ème rang !

Pourtant, malgré ce déclin, il reste dans le Monde beaucoup de Canadiens impliqués dans des ONG très actives qui font la promotion de la paix.  Le film s’attache à cinq visages répartis entre le continent africain, le Moyen-Orient et l’Asie.Ituri 1

 

Blaise et Patrick sont Congolais. Ils travaillent pour UN-Habitat, une ONG dirigée par un Canadien d’origine sénégalaise : Oumar Sylla. Nous les avons suivi en Ituri, une province lointaine située au nord-Est du Congo. Balise et Patrick tentent de réduire les tensions nées des conflits territoriaux entre villages. Là où nous avons filmés, la limite des pâturages est définie par une gigantesque pierre nommée «Djinja» mais les deux parties ne s’entendent pas sur le choix de la pierre et le conflit a dégénéré : le bétail qui s’est aventuré trop loin a été abattu. À charge de revanche, le village adverse a brûlé des cases. Les différences ethniques entre les deux villages ont mis de l’huile sur le feu et c’est comme ça qu’un état de guerre se développe et s’amplifie. Blaise et Patrick ont réussi à asseoir les villageois autour d’une table et à les convaincre qu’il leur faut trouver une entente. Ils n’ont pas de pouvoir juridique mais ont un réel pouvoir de conviction.Les discussions sont longues, demandent souvent de multiples traductions (langue locale, swahili, français) mais finissent la plupart du temps par un accord signé.

 

Tiffany Easthom est originaire de Victoria, en Colombie britannique. Elle dirige au Sud-Soudan l’ONG  NVP «NonViolentPeaceforce» et son équipe est composée de cent cinquante personnes formées aux résolutions de conflits (il y a des écoles pour ça !) et qui proviennent de tous les horizons, de la Lituanie au Brésil. Ces volontaires de la paix sillonnent le pays pour réduire ou supprimer la violence. Nous avons suivi Tiffany dans la province de Bahr-el-Ghazal, aux confins du Darfour, où elle soutient les groupes de femmes qui s’organisent pour se défendre contre les agressions. En pleine brousse, elles montent des improvisations théâtrales  où chacun joue un rôle : la femme violée, le violeur, la femme du violeur, le policier, etc.… dans la pure tradition du théâtre de rue inspiré de Brecht. Il y a alors une réelle prise de conscience collective et la séance se termine dans les rires.   orange

Tiffany Easthom

 

Nous l’avons suivi aussi dans les camps de réfugiés construits par les Nations Unies suite au dernier conflit. Là, NVP accompagne les villageois qui retournent dans leurs maisons, de l’autre côté du Nil blanc. Car si les camps se remplissent (voir les nouvelles), ils se vident aussi quand ça va mieux (voir le film).

Kai Brand-Jacobsen, Canadien originaire d’Ottawa, a grandi dans une famille de hauts fonctionnaires. Théoricien de la paix et médiateur de haut calibre, nous l’avons suivi à Istanbul où il intervient – dans le plus grand secret – à la rencontre entre Kurdes et Turcs. Son travail est très délicat, mais Kai est un «pro».

Kai

Kai Brand-Jacobsen

 

Le film est programmé aux RIDM 2015. Si la clef d’un bon film réside souvent dans l’audace du propos, celui –ci a beaucoup de potentiel !

 

Un film de Garry Beitel. Images : Philippe Lavalette. Son : André Boisvert. Montage : Dominique Sicotte. Produit par reFrame Films Inc (Garry Beitel et Barry Lazar) pour Radio-Canada.   

casque bleu Lavalette

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