À propos de «Mabul», rencontre avec Ina Fichman productrice

MABUL («the flood»), COPRODUCTION Canada/Israël

sélectionné aux  BERLINALES  2011

Un article publié dans la revue QFQ, novembre 2010

 

Mabul (le déluge) raconte l’histoire d’une famille israélienne déchirée par le retour d’un fils aîné autiste placé en institution. Ce retour est  vécu comme une intrusion intolérable pour le jeune frère sur le point de vivre bientôt son Bar Mitzvah, passage religieux majeur dans le judaïsme.

Rencontre avec Ina Fichman, productrice

Ina Fichman, coproductrice de «Mabul»

Mabul est un film presque «intimement» israélien. L’action se déroule dans un moshav, c’est-à-dire un petit village probablement proche d’une grande agglomération telle que Tel-Aviv. Le récit s’attache  à décrire les  misères et grandeurs d’âme d’une famille assez standard, au moment où le jeune garçon doit passer son «Bar Mitzvah». Bref, nous sommes loin du Québec, et pourtant le film a une dimension universelle dans laquelle nous pouvons tous nous retrouver. Aviez-vous ce pressentiment en acceptant de coproduire «Mabul» ?

Oui, tout-à-fait. Après avoir travaillé avec Rock Demers, j’ai toujours souhaité produire un long-métrage dans lequel on sentirait – à l’intérieur d’une même famille – l’incompréhension des jeunes à l’égard du monde adulte. Le scénario de Noa Berman-Herzberg répondait exactement à mes souhaits, peu importe qu’il ait lieu en Israël ou ailleurs, nous parlons ici de références sociales occidentales.

Comment se construit une coproduction comme celle-là ?

C’est une suite de hasards heureux. J’ai produit autrefois un film documentaire sur la guerre des six jours et le cinéma israélien m’intéressait. Il y a trois ans, après le Festival de Cannes, j’ai fait un voyage un peu laborieux où nous avons dû faire de longues escales avant d’atteindre Israël. Ça m’a donné l’occasion de parler assez longuement avec un producteur qui faisait le même voyage et dont j’ai ensuite perdu la trace. Un an plus tard, en poursuivant ma recherche auprès du stand «Israeli Film Fund» au Festival de Berlin, alors que  je demandais quelle serait la bonne personne pour coproduire un long-métrage de fiction, on m’a pointé du doigt ce même producteur… Chilik Michaeli !  Nous nous sommes retrouvés. J’ai vu «Strangers», un film à petit budget que j’ai adoré et qui était réalisé par Guy Nattiv. La relation s’est ensuite développée jusqu’à mettre sur pied «Mabul» avec le même réalisateur et son scénariste que j’ai rencontré à Berlin.

Nous avions pensés au début faire une coproduction tripartite avec la France. Finalement, le film est devenu une coproduction Canada/Israël mais avec deux partenaires-clés qui sont la France et l’Allemagne.

Coproduire est d’abord une affaire de cœur. Il faut aimer le scénario bien sûr. Mais il faut aimer aussi le noyau de base : le coproducteur, le réalisateur, la scénariste. Il faut ensuite intervenir sans jamais modifier la vision de départ. C’est délicat.

Entre le producteur israélien et vous, comment organisez-vous le choix de la répartition des tâches au tournage? Au final, Qui fait quoi? Et pour quelles raisons ?

D’abord, nous sommes intervenus en amont, avant le tournage, en impliquant Kim Segal à titre de consultante au scénario.

Pour le tournage, il faut aller dans nos forces. La direction photo à Montréal étant de haut niveau, il était naturel de proposer ce poste avec l’équipe qui l’accompagne (Philippe Lavalette, directeur photo, l’ assistant-opérateur, Jocelyn Simard, et le  chef-électro, Clermont Lapointe). Le réalisateur cherchait une écriture souple et légère, sans les références esthétiques convenues du cinéma américain. Le son a été exclu à cause de la langue puisque le film se déroule en hébreu. Bien sûr, une direction artistique québécoise aurait été envisageable mais compte tenu du nombre élevé de locations dans le film, ça aurait exigé une connaissance profonde du pays. Il restait les costumes. Nous avons confié ce poste à François Laplante et à son habilleur, John Stowe, qui ont déjà tourné en Israël et qui ont une grande habitude des tournages étrangers. Il faut dire que Ronit Elkabetz, la comédienne qui joue la mère dans le film, a une notoriété internationale. On se souvient d’elle dans «le voyage de la fanfare»  mais elle joue régulièrement dans beaucoup de grands films européens (Or, Late Marriage). Il lui fallait être appuyée par des professionnels aguerris.Et puis nous avons assurés l’essentiel de la post-production en confiant le son à Steve Gurman, la colorisation et les effets spéciaux à Dean Lewis, et la coordination d’ensemble à Pierre Thériault. Enfin, Patrick Watson a signé la musique. Il faut comprendre qu’il n’est pas simple pour le producteur israélien de laisser partir le film si loin…À ce stade, il faut une bonne dose de confiance réciproque sachant que nous ne faisons pas seulement une coproduction de services.

Quel est votre bilan de cette expérience ?

Je suis particulièrement fière d’avoir réussi la mixité de professionnels venant d’horizons si différents. Le résultat est là : «Mabul» vient d’obtenir le Prix du meilleur long métrage  ainsi que le prix pour la meilleure cinématographie au Festival de Haïfa qui est très important là-bas. C’est une reconnaissance éclatante des talents d’ici. Enfin, ce qui n’est pas rien, le film a été sélectionné à Berlin dans la section «génération» et a représenté le Québec et ses artisans.

Envisagez-vous une prochaine coproduction ?

C’est en route. Ce sera un film sur une autre famille israëlienne, cette fois arabe, et qui sera réalisé par la grande comédienne Hiam Abbas.

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